Wissy Frau 3650 m-Oberland Bernois
mercredi 30 janvier 2008
1 ère descente connue à skis de la face SE, le 29 01 08 par Rémy Lécluse
950 m, Pentes soutenues autour de 45/50°, passages max autour de 55°. 5.4 à 5.5 E4 avec des conditions d’enneigement adéquates, (un peu sec lors de la première).
Passages mixtes ; 5 mètres à 80°, cascade de glace ; 1 rappel de 5 mètres sur abalakov sec à al descente.
Ambiance fabuleuse.
La Wissy Frau est un des sommets du chainon de la Blümlisenalp, la Dame blanche en suisse allemand.
Lors de mes nombreuses visites dans la région, j’avais repéré cette ligne ; la dernière fois à Noël, en dépit d’un relatif manque de neige, l’entreprise me semblait possible.
Départ à six heures du matin de la Muttenhornhütte, je commence la journée par une longue glissade à skis sur le glacier Kanderfirn. Au pied de la face, je troque mes skis contre piolets & crampons. Une heure après mon départ de la cabane, j’ai presque avalé la moitié de la face, je suis à la seconde rimaye au dessus des séracs. Je suis un peu inquiet, la neige est très dure & des voiles nuageux associés à un vent modéré d’ouest risquent de compromettre le dégel en surface.
Cependant, je continue en espérant que les nuages vont disparaitre. Au dessus de la seconde rimaye, la pente est plus soutenue & l’ascension prend une autre dimension : la croûte de regel ne porte pas mon poids, j’enfonce au mieux aux genoux & parfois jusqu’à la taille.
La plupart du temps, mes crampons cassent la croûte & s’enfoncent jusqu’au rocher sous jacent. Après trois passages techniques : deux ressauts mixtes, une petite cascade de glace (cinq mètres à 80°) & trois heures de galère pour 550 mètres de dénivelée, je suis dix mètres sous la sortie…
Gag, je fais le sanglier pendant dix bonnes minutes : tout droit & à droite, je ne parviens plus à monter, quarante centimètres de neige sans cohésion recouvrent des dalles de calcaire. A gauche une plaque de neige venté fait un woum sinistre & je ne tiens pas à vérifier si le relâchement des tensions est effectif ou non dans le manteau : la chute est longue, presque un kilomètre !
Quelques pas vers le bas, je me stabilise & à force de contorsions précaires chausse mes skis dans une pente à 55°. Dérapage sur la croûte qui miracle, supporte mon poids skis aux pieds !
Je suis déjà bien entamé & le démarrage s’avère laborieux, le rocher sous jacent, en de nombreux passages, provoque une certaine tension nerveuse. Je rejoins ma corde de rappel, installée sur abalakov (lunule de glace) à la montée, franchissant ainsi la petite cascade. Après un ultime passage mixte scabreux, je rejoins en rive droite de la neige tassée par le vent & peu enfin enchainer des séries de virages sympas & plus décontractés, la pente est sérieuse, un bon 50°, mais la neige devient bonne.
Une traversée vers la gauche sur la croûte maintenant bien ramollie en surface me permet d’éviter la barre qui domine une rimaye. Je suis à la limite de la portance sur la croûte, je tourne doucement & très légèrement en évitant tout à-coup. Après avoir franchi cette rimaye, j’aborde le socle de 450 mètres tournant dans un bon 45° dans des barres rocheuses : c’est la fête ! La neige est parfaite, je me lâche enfin & enchaine au plus vite ce slalom géant un peu spécial, m’offrant même le luxe d’un petit saut sur un ressaut en glace à 70° : prise d’appui au ras de la glace, les skis à plats sur trois mètres droit dans le pentu & conduite de la courbe sur la neige velours au pied ! Que du bonheur !
La descente achevée, il me faut remonter le Kaderfirn jusqu’ à la cabane & ensuite au Petersgrat, cinq cent mètres de plus & cinq kilomètres… Au sommet du Petersgrat, je bascule sur Blatten pour rejoindre la civilisation ; descente de rêve, seul sur une neige de printemps parfaite & sans traces !
Rémy Lécluse
Merci à Dynastar & Grivel
Posté dans ACTUS
Jeremy Janody







