Peruvian greatest slopes-Perou

jeudi 28 février 2008
Escalader des sommets de plus de 6000 m dans la cordillère blanche au Pérou et redescendre à skis par des faces raides et esthétiques, en suivant les traces des pionniers de la pente raide. Les photos et le teaser en ligne dans quelques jours.

Les Aravis c’est joli, mais c’est un peu petit ; alors on s’est dit pourquoi pas le Pérou… Marco Siffredi, Valençant, JMB sont tous les trois partis là bas et y ont ouvert des belles pentes. L’idée de partir à l’autre bout du monde pour répéter leurs descentes à près de 6000m et de découvrir une culture bien différente de la notre nous a immédiatement beaucoup plu.

Video ici



La descente de l' Artesonraju (6025m)-Un sommet mythique!

Notre projet se concrétise progressivement, l’achat des billets d’avion, notre sélection au Millet Expedition Project, et enfin le départ. Notre avion nous dépose à Lima, capitale du Pérou, le 12 juin. On ne tarde pas à rejoindre la cordillère blanche et Huaraz pour commencer notre acclimatation. Là bas c’est Jean Paul Glassey, un ami suisse exilé au Pérou depuis une vingtaine d’année, qui nous accueille ; ces conseils seront précieux.
Après une petite semaine passée à se familiariser avec les péruviens, à se promener autour de Huaraz et faire des 4000 en short, on attaque les choses sérieuses. C’est le début des Peruvian Greatest Slopes.
Notre premier sommet important est le Nevado Pisco (5762m) où nous avons répété l’itinéraire de Jean Marc Boivin qui comme nous avait décidé de s’y acclimater. L’ascension qui, normalement est relativement facile, a été rendue plus ardue du fait du mauvais temps ; de même, la descente dans ces conditions n’est pas évidente et pas très intéressante. On se souviendra surtout de la montée interminable jusqu’au camp moraine et du mal de crâne qui suivit notre arrosage du Pisco au Pisco, qui est également le nom de la gnole locale…
Ensuite on est allé au Yanapacha ; ce sommet de 5460m possède une belle face ouest qui n’a peut être jamais été skiée. La montée au camp moraine puis au sommet le lendemain est rapide. La descente présente une première pente assez raide en neige dure, une rimaye à sauter avec une récep en béton armé et ensuite du ski freeride dans la peuf au milieu des séracs et des crevasses ! Un super souvenir et sans doute nos meilleurs virages dans l’hémisphère sud ! Au retour du yanapacha la mauvaise surprise c’est qu’une des fixations d’Antoine a été cassée par les porteurs à la descente. On avertit immédiatement le SAV de Dynastar qui comprend notre problème et nous en envoie une, cependant le laxisme des douaniers Péruviens rallongea beaucoup les délais de livraison. Dans l’attente on ronge notre frein sur des sommets plus faciles et des visites de sites remarquables.
Un de nos objectifs principaux était la répétition de la descente de Patrick Vallençant sur la Face Sud Est de l’Artesonraju (6025m). On part pour ce sommet le 15 juillet ; et après avoir traversé toute la vallée de Paron et son magnifique lac on atteint le camp moraine. Le lendemain on fait un portage jusqu’à la rimaye où on dépose du matériel et on se repose en prévision du lendemain. On décolle très tôt du camp moraine, la rimaye est facilement franchie et l’ascension de la face, bien qu’interminable se déroule bien. On arrive au sommet un peu avant 11h et on profite a fond du panorama avant de se lancer dans la descente. Celle-ci commence par quelques virages le long de l’arête puis une quarantaine de mètres de rappel pour franchir une goulotte en glace. Après ça les premiers virages dans un bon 55 sont difficiles. La neige est vraiment très dure et pas évidente à skier, une partie médiane s’adoucit à 50 et nous permet de souffler un peu avant de rattaquer le dernier tiers à 55 mais en neige plus souple cette fois ci. On arrive en bas fatigués mais l’état d’euphorie dans lequel on est nous le fait vite oublié. On était venu au Pérou pour cette face qui nous faisait rêver, après l’avoir ridée on a vraiment l’impression d’avoir touché à ce qu’il se fait de plus extrême en pente raide et surtout d’approcher nos propres limites.
Le Chopicalqui est le dernier sommet que nous avons gravi et également le plus haut. Ce sommet de 6354 mètres se trouve sur les contreforts du Huascaran (6700m) et son ascension sur une arête aérienne est considérée comme une des plus belles de la cordillère. Nous commençons à être bien rodé avec les marches d’approche, les camps de base et les camps moraine. Après une nuit difficile au camp 2 à 5600m à trois dans notre petite tente 2 places le réveil et la mise en route sont particulièrement difficiles. Cependant on ne tarde pas à rattraper nos amis d’Alibert et leurs nombreux guides partis 2 heures avant nous qu’on double par un choix assez audacieux pour le passage d’une rimaye. On arrive les premiers au sommet d’où on profite tranquille d’un panorama exceptionnel, on savoure pleinement ces derniers instants passés sur un sommet péruvien. La descente débute par une arête en bonne neige puis assez rapidement un rappel en fil d’araignée d’une dizaine de mètre pour franchir la rimaye sommitale. Ensuite, après un replat, on s’attaque au gros morceau : une arête raide, plein gaz et en neige changeante (tantôt béton, tantôt peuf). Les virages se bouclent bien malgré la pente et une neige croûtée rendue délicate par notre trace de montée. On slalome entre les cordées qui montent en évitant leurs cordes. Une section particulièrement effilée en neige dure nous oblige à sortir le piolet pour assurer le coup. Une fois cette partie négociée, l’arête s’élargit, la neige devient plus poudreuse et on enchaîne les virages. On saute les rimayes rencontrées à la montée et on débouche sur une pente large où l’on peut y’envoyer du bois. Ces virages freeride seront nos derniers virages péruviens.
Pendant ces deux mois on a gravi 9 sommets de plus de 5000m (Vicos (5300m), Pisco (5762m), Yanapacha (5460m), Urus (5495m), Ishinca (5530m), Nevado Copa (6188m), Artesonraju (6025m) et Chopicalqui (6354m)), passé une trentaine de jours en montagne, vécu dans une nature grandiose et préservée, s’est fait des nouveaux amis avec qui la différence culturelle était plus un moteur qu’un frein à notre amitié, visité des sites issus de la culture Inca, remporté la compétition de ski la plus haute du monde, bu des litres et des litres de Pilsen (la kro locale), presque autant de pisco et surtout rempli notre esprit de souvenirs inoubliables. Bref, ce voyage au Perou fut vraiment une aventure exceptionnelle pour nous, elle restera vraiment gravé dans nos esprits, et surtout elle nous donne encore plus envie de repartir, plus loin, plus haut et plus à l’ouest.



On tient à remercier tous ceux qui ont contribué à la réalisation de notre projet : nos partenaires du Millet Expedition Project, tous ceux qui nous ont aidé sur place, tous ceux qui ont cru en nous et biensur nos parents.



Posté dans CHRONIQUES
Jeremy Janody